Les enchères compétitives, la loi des levées totales, la loi des atouts (R. Berthe Bridgeur n°787 septembre 2005)

 

Le compte des points n'est pas de mise dans les situations compétitives à la couleur. Il faut plutôt prendre en considération le nombre d'atouts détenus par chacun des camps. Il y a des mains dont les forces sont à peu près équitablement réparties entre les deux camps et qui ne permettent la réussite d'aucun contrat au-dessus du niveau de 1. C'est le cas quand il n'existe aucune couleur commune de plus de sept cartes :

              ♠ A 8 6 4

              7 5

              A D 4 2

              R 7 6

♠ V X 5                    ♠ D 9 7

D 6 3                    A R 4 2

V X 5 3                  9 7

X 9 5                    A D 4 2

              ♠ R 3 2

              V X 9 8

              R 8 6

              V 8 3

 

La donne ne permet le gain que de sept levées pour chacun des camps qui jouerait dans sa meilleure couleur, soit 14 levées au total (14 LT). A l'opposé, si votre partenaire et vous détenez toutes les cartes rouges, vous pouvez réaliser les treize levées. Mais ceci est également vrai à l'égard des couleurs noires, ce qui veut dire que dans ce cas extrême on obtiendra le maximum de 26 LT.

Il y a donc une étroite relation entre le nombre d'atouts détenu par chaque paire et le nombre de levées qu'elle pourra réaliser. Est-ce à dire pour autant que si vous possédez un fit de dix cartes à Pique vous ferez dix levées ? Bien sûr que non, ce serait trop simple. Cela signifie uniquement que si votre camp détient dix Piques et celui des adversaires neuf Cœurs, il y a 19 LT. Si, compte tenu du placement des honneurs et de la répartition des différentes couleurs, vous ne faites que neuf levées à l'atout Pique, les adversaires en auraient fait dix à Cœur, c'est-à-dire qu'ils auraient gagné la manche. Voyons quelques exemples limités à une seule couleur, l'atout fitté où vous détenez :

a. ♠ A V X 5

   Face à :

   ♠ D 9 8 7

Si le Roi est bien placé, vous ne perdrez pas de levée, tandis que s'il est en Est, vous aurez une perdante. Mais le placement du Roi aura également une influence sur le contrat adverse joué dans une autre couleur. En supposant la répartition 3-2 la plus courante, Est-Ouest perdront deux levées si le Roi est à gauche mais une seule s'il est à droite. Le nombre de perdantes est donc constant, soit deux chez eux et zéro chez vous, soit une chacun.

 

b. ♠ A R 6 2

   Face à :

   ♠ D 8 4 3

A l'atout Pique, il n'y aura aucune perdante si la couleur est répartie 3-2, une si elle est 4-1 et deux si elle est 5-0. Mais si l'adversaire joue le coup dans une autre couleur, il dénombrera deux, une ou zéro perdante selon le cas (nombre de perdantes là aussi constant).

 

Étudions maintenant une main complète où ce même principe sera appliqué successivement à l'égard des quatre couleurs :

♠ R 6

R 6 5 3

A D 5 3

V X 9

Face à :

♠ 8 5 4

A 9 8 7 4

8 4

A 8 2

 

Que va t-il se passer dans un contrat à Cœur ? Cela dépend des jeux adverses :

• Supposons que tout marche à merveille. Il n'y a que deux perdantes : une à Pique et une à Trèfle, soit onze levées encaissées.

Dans ce cas, Est-Ouest jouant à Pique perdraient sept levées : deux Cœurs, deux Carreaux (ne tenons pas compte de la coupe possible), un Pique et deux Trèfles, soit six levées encaissées pour Est-Ouest.

• Supposons maintenant que tous les honneurs soient mal placés et que les Cœurs soient répartis 3-1. Si Nord-Sud jouent à Cœur, ils totaliseront six perdantes : deux à Pique, une à Cœur, une à Carreau et deux à Trèfle. Ils ne feront donc que sept levées. Est-Ouest dans leur contrat à Pique réaliseront quant à eux dix levées puisqu'ils ne perdront qu'un Cœur, un Carreau et un Trèfle.

Dans les deux cas, le NLT s'élève à 17, 11+6 dans le premier cas, 7+10 dans le second.

En déplaçant les honneurs en Est-Ouest et pour peu que les répartitions ne soient pas par trop déséquilibrées, le total de 17 restera constant. Mais on note quelque chose de très intéressant : Nord-Sud ont neuf Cœurs et Est-Ouest huit Piques. Le nombre total des atouts (NTA) s'élève lui aussi à 17, comme le NLT. S'agit-il d'une coïncidence ? Pas du tout !

En analysant un très grand nombre de donnes de championnat du monde, Jean-René Vernes a fait cette découverte, qu'il a baptisée Loi des levées totales. Elle s'est révélée exactement conforme, ou à une levée près, dans la majorité des cas. Moyennant quelques corrections dont nous dirons un mot ultérieurement, elle constitue un excellent guide pour déterminer votre attitude dans les situations compétitives, en particulier au niveau de 3.

 

Dans quelles conditions la LLT peut-elle vous guider dans votre décision ?

Supposons que les adversaires soient arrivés au contrat de 2 Piques et que vous vous interrogiez sur l'opportunité de surenchérir à 3 Cœurs.

• Si les deux contrats sont susceptibles de gagner (NTA = 17), il faut bien entendu pousser à 3 Cœurs.

• Si aucun ne gagne (NTA<16), il faut laisser jouer sinon ce sera une crème renversée.

• Si un seul d'entre eux gagne (NTA = 16), c'est plus délicat. La marque en compétition est telle qu'il est généralement bénéfique de surenchérir.

En effet, hormis en mineure, un score partiel marque plus de 100 points : il est donc préférable de marquer un score partiel que de faire chuter les adversaires d'une levée.

Pour la même raison, il est meilleur de chuter d'une que de laisser les adversaires encaisser une partielle.

 

Il faut toutefois tenir compte des vulnérabilités respectives (surtout en tournoi par paires)

• Si les adversaires sont vulnérables et que vous êtes quasiment certain qu'ils vont chuter (en tenant compte du bon placement des cartes), vous pouvez contrer et encaisser 200, le score magique qui est supérieur à toutes les partielles.

• Si c'est votre camp qui est vulnérable et que manifestement vous êtes plutôt en défense, laissez tomber, surtout si les adversaires « ont le contre facile ».

 

En revanche, en disant 3 sur 2♠, vous allez peut-être pousser les adversaires à 3 Piques et les faire chuter.

 

Le nombre d'atouts détenu par les adversaires

C'est un élément important de la décision. En principe, vous supposerez qu'ils ont un fit de huit cartes, ce qui est le cas le plus fréquent. Occasionnellement, ils n'auront que sept cartes, mais ils pourront aussi en posséder neuf. Les enchères seront parfois suffisamment édifiantes :

Sud     Ouest   Nord    Est

        1      -       1♠

-       2      -       2

 

La préférence à 2 montre la plupart du temps deux Cœurs seulement : avec trois Cœurs dans un jeu faible, Est aurait probablement soutenu d'emblée à 2.

 

Sud     Ouest   Nord    Est

1      1      1♠     3

 

Le soutien à saut de l'intervention montre quatre cartes.

 

En vérité, c'est au palier de 3 que la décision est plus délicate. Il existe quatre situations bien distinctes que nous allons examiner successivement (pour faciliter l'exposé, nous supposerons que les atouts respectifs sont Pique et Cœur).

 

1.                Vous avez un fit huitième à Cœur et les adversaires sont fittés à Pique

Si le NLT est de 16, il est généralement profitable de surenchérir à 3 car l'un des contrats est susceptible de gagner. Ici, les vulnérabilités respectives sont extrêmement importantes, même sans prendre en compte le risque d'un contre de pénalité.

Supposons que les deux camps soient vulnérables : si les cartes sont miraculeusement placées pour l'un des camps, celui-ci pourra faire chuter de deux et encaisser 200. Cela ne veut pas dire que passer sera toujours la bonne décision, mais simplement que si tout le monde est vulnérable, il existe une possibilité de gagner des points en laissant jouer.

Si le NLT est 17, il est maintenant indispensable d'aller à 3 Cœurs, car les deux contrats sont susceptibles de gagner. Et si d'aventure votre défense est mauvaise, vous pousserez peut-être les adversaires à 3 Piques...

 

2.                Vous avez un fit neuvième à Cœur et les adversaires sont à 2 Piques

Le NTL est a priori de 17, donc il faut aller à 3 Cœurs. Dès lors, ce sera l'adversaire qui sera à la décision : laisser 3 ou dire 3♠. C'est la raison pour laquelle il y a intérêt à amener les enchères le plus rapidement possible au niveau de 3 pour lui rendre la tâche encore plus difficile.

 

3.                Vous avez huit Piques et les adversaires sont à 3 Cœurs

Le NTL est peut-être seulement de 16 car l'adversaire en a « rajouté ». Si vous le faites aussi, l'écart sera de deux levées par rapport à LLT. Il est probable que les deux contrats vont chuter ou que l'un d'entre eux chutera de deux. Restez-en là, sauf en cas de double fit, de répartition particulièrement agréable ou si vous avez la certitude que les adversaires possèdent neuf Cœurs (on en revient alors à une seule levée d'écart par rapport à la LLT).

 

4.                Vous avez neuf Piques et les adversaires sont allés à 3 Cœurs

Dire 3♠ obligatoirement, car même si les adversaires sont allés à 3 Cœurs avec seulement huit atouts, la différence entre le NLT et la LLT n'est que d'une seule levée (mais vous n'avez aucune chance de les pousser davantage vers un contrat perdant, car ils savent qu'ils ne peuvent pas atteindre le niveau de 4). En situation compétitive au niveau du score partiel (quand les points sont équitablement répartis entre les deux camps, disons dans la fourchette 17-23), il est possible, et le plus souvent rémunérateur, d'enchérir jusqu'au niveau correspondant à son nombre d'atouts. Autrement dit, vous pouvez enchérir de façon systématique jusqu'au niveau de 3 avec un fit neuvième. Avec huit atouts, c'est beaucoup plus aléatoire.

 

FITS EXCEPTIONNELS

Dans les cas de fits exceptionnels (dix cartes au moins), vous pouvez aller sans ambages au niveau de 4. Si votre contrat chute, les adversaires avaient à coup sûr un contrat gagnant dans leur axe. Exemple : à vulnérabilité égale, votre partenaire ouvre de 2♠ et vous détenez :

♠ R 8 6 2

9

D 7 5

A 9 8 6 4

 

Le total de dix cartes à Pique dans votre axe garantit la présence de deux fits huitièmes ou d'un fit neuvième chez les adversaires (le tableau des distributions totales que vous trouverez plus loin est édifiant à cet égard). De plus, amener les enchères à un niveau très élevé avec un fit important est des plus efficaces si les adversaires n'ont pas encore découvert le ou les leurs. Le NLT est de 19, voire plus si leur fit est encore meilleur. Il faut soutenir à 4♠ immédiatement car si vous chutez, vous constaterez que les adversaires avaient un contrat gagnant au niveau de 4, sans doute à Cœur. Si vous voulez être convaincu, sortez vos cartes d'un jeu complet, demandez à votre partenaire d'extraire de ce même jeu une main correspondant à une ouverture classique de 2 faible et analysez la situation. Vous verrez « qui peut faire quoi » ! Et si vous doutez encore, renouvelez l'opération !

 

Et maintenant quelques exercices

 

♠ V 7 3

V 7

D 8 6 3

R 9 7 3

 

Sud     Ouest   Nord    Est

                1♠      2

2♠      3      -       -

?

 

Passe : il n'y a que huit atouts dans la ligne car, avec six cartes, Nord aurait surenchéri lui-même en fonction de la LLT. Le nombre de Cœurs n'est pas connu (huit ou neuf) et il n'y a aucune chance de pousser les adversaires à un contrat plus élevé.

 

♠ 9 7

R V 4 3

D 9 8

A R 9 8

 

Sud     Ouest   Nord    Est

                -       -

1      1♠      X       2♠

?

 

3 : par rapport à la LLT il n'y a dépassement que d'une seule levée au maximum (huit Cœurs en Nord-Sud et huit Piques en Est-Ouest) et, comme nous l'avons souligné, cela ne peut guère être mauvais.

 

♠ D 6 5 3

A R 6 2

8

A 8 7 4

 

Sud     Ouest   Nord    Est

                -       1

X       -       1♠      2

2♠      3      -       -

?

 

3♠ : les enchères montrent qu'Est-Ouest ont un fit neuvième à Carreau, donc Nord possède à coup sûr quatre Piques, ce qui n'est pas toujours le cas quand on répond à un contre d'appel. Le singleton Carreau, la Dame d'atout et As-Roi-As en dehors militent en faveur de la surenchère. Il est à noter que :

• Nord ne possède probablement pas cinq Piques car il aurait surenchéri lui-même.

• L'enchère de 2♠ ne montre pas une force particulière comme cela aurait été le cas si Est avait passé : elle indique simplement un soutien de quatre cartes que le contre d'appel n'a pas garanti.

Avec :

♠ R x x x

A D x x

x x

R D x

 

Sud aurait dit 2♠, mais il aurait ensuite passé sur 3 (si Sud passe avec cette main et qu'Ouest soutient à 3, il ne saura pas quelle attitude adopter ensuite car il est possible qu'il y ait un fit neuvième dans chaque camp). C'est la raison pour laquelle les soutiens et les enchères libres dans les situations compétitives ne montrent pas forcément un surcroît de force.

♠ R 7 3

D V 3

R 9 8 4 2

8 2

 

Sud     Ouest   Nord    Est

                1      X

?

 

L'enchère de 1SA à laquelle on pourrait songer n'est pas la meilleure. Il est bien préférable de sauter à 3 (Truscott inversé en mineure pour ceux qui ont adopté cette procédure).

 

♠ 3 2

R V 6 4

8 7 2

R D 6 5

 

Sud     Ouest   Nord    Est

                1♠      2

X       -       2      -

-       3      -       -

?

 

La surenchère à 3 est totalement exclue.

 

♠ D 5 3

8 7 5

R D 3

A V 5 2

 

Sud     Ouest   Nord    Est

                2♠(*)   X

?

(*) Faible.

 

3♠ : soutien immédiat pour gêner les adversaires dans la découverte de leur fit. Une action ultérieure serait plus risquée et moins efficace.

 

Les corrections indispensables

Toute loi comporte des exceptions ou des ajustements. Celle des levées totales n'échappe pas à la règle.

Plusieurs facteurs peuvent intervenir.

 

1.                La distribution

Un singleton dans la couleur des adversaires est souvent une bonne raison d'en rajouter. Leur fit a plus de chances d'être neuvième et le dépassement par rapport à la LLT sera souvent justifié. Exemple :

♠ A D X 9 6

3

R D 8 3

D X 3

 

Sud     Ouest   Nord    Est

1♠      2      2♠     3

?

 

En théorie, Sud devrait posséder un sixième Pique pour surenchérir.

Mais il lui faut dire 3♠ car les adversaires peuvent bien détenir un fit neuvième à Cœur. En revanche, avec une distribution plate, il faut plutôt « rester en dessous ».

 

♠ R 9 8 5

7 6 4

A 8 5

8 5 2

 

Sud     Ouest   Nord    Est

                1♠      2

2♠      3      -       -

?

 

Passe, alors que les quatre atouts devraient militer en faveur de la surenchère à 3♠. Mais Nord ne détient sans doute pas un singleton Cœur ni six Piques. Et s'il est 3-3 dans les mineures, les perspectives à 3 Piques sont plutôt sombres.

 

2. Double fit

Quand vous possédez un bon soutien dans la seconde couleur du partenaire, il est souvent payant d'être plus agressif. Ce double fit augmente d'autant les chances qu'il y en ait un également dans le camp adverse. La seconde couleur constitue en quelque sorte un second atout et vous ferez souvent plus de levées que la LLT ne semble l'indiquer.

 

♠ D V 8 3

9 8

R V 7 6

9 7 2

 

Sud     Ouest   Nord    Est

                1      1

1♠      2      2♠      3

?

 

Nord n'a pas montré de force particulière mais simplement quatre cartes à Pique. En vertu de la LLT, Sud devrait passer avec le fit seulement huitième, mais le soutien à Carreau milite en faveur de la surenchère à 3♠.

              ♠ A R 5 4

              5 3 2

              A D 8 2

              X 6

♠ X 7 6                    ♠ 9 2

A 7 4                    R D V X 6

9 4 3                    X 5

R V 8 4                  A D 5 3

              ♠ D V 8 3

              9 8

              R V 7 6

              9 7 2

 

Pas de fit neuvième et pourtant, chaque camp peut réaliser neuf levées. Pour illustrer de façon plus complète ce principe, intervertissons les couleurs mineures entre Sud et Ouest :

              ♠ A R 5 4

              5 3 2

              A D 8 2

              X 6

♠ X 7 6                    ♠ 9 2

A 7 4                    R D V X 6

R V 7 6                  X 5

9 7 2                     A D 5 3

              ♠ D V 8 3

              9 8

              9 4 3

              R V 8 4

 

Grâce aux honneurs bien placés, Nord-Sud gagneraient leur contrat de 3 Piques, mais à 3 Cœurs, Est-Ouest chuteraient de deux, vulnérables. Sans le double fit, le passe aurait été beaucoup plus justifié.

 

3.                Emplacement des cartes intermédiaires (Dames et Valets)

Les As et les Rois remportent des levées quel que soit le contrat joué. Les Dames et les Valets, quant à eux, sont plus utiles en attaque quand ils sont situés dans les couleurs longues que dans les couleurs courtes. Ce principe est d'une extrême importance en matière d'évaluation des mains. Tout le monde sait bien que :

♠ A 2

R D V X 3

A 6 5 2

9 6

Est une main à caractère plus offensif que :

♠ A V

R X 6 5 3

A 6 5 2

D 3

Alors que le compte de points est le même. Cela provient du fait que les Dames et les Valets ont plus de chances de remporter des levées s'ils sont situés dans les couleurs longues (à l'atout ou dans les couleurs secondaires) que dans les couleurs courtes. Mais ils auront une valeur défensive plus importante. D 2 – V 6 5 feront une levée en défense alors qu'en attaque, ils présentent peu d'intérêt. Et les Dames et les Valets situés dans vos couleurs longues ne seront pas utiles en défense. Ce potentiel offensif-défensif de la main sera à prendre en compte dans toutes les situations compétitives car il est de nature à modifier notablement le NLT.

Quand Dame-Valet sont situés dans les longues, le NLT sera supérieur à la LLT. Quand Dame-Valet sont situés dans les couleurs adverses, le NLT sera inférieur. Voyons cet exemple :

♠ D X 6

A 9 7 3

A V 7 6

D 7

 

Sud     Ouest   Nord    Est

1      -       1      1♠

2      2♠      -       -

?

 

Les deux camps ont un fit de huit cartes car Nord n'a pas dit 3. D'après ce que nous avons dit précédemment, la surenchère pourrait être profitable car il n'y a qu'une seule surlevée. En fait, il faut passer car les deux Dames sont situées dans les courtes :

              ♠ 9 4

              R X 6 4

              R 9 8

              R 8 4 2

♠ R 5 2                    ♠ A V 8 7 3

D 8 2                    V 5

D X 3 2                  5 4

V X 5                    A 9 6 3

              ♠ D X 6

              A 9 7 3

              A V 7 6

              D 7

 

Nord-Sud ne peuvent réaliser que huit levées à l'atout Cœur et Est-Ouest sept levées à l'atout Pique, une de moins que ne l'indique la LLT. Échangeons simplement les deux Dames majeures :

              ♠ 9 4

              R X 6 4

              R 9 8

              R 8 4 2

♠ R D 2                    ♠ A V 8 7 3

8 3 2                    V 5

D X 3 2                  5 4

V X 5                    A 9 6 3

              ♠ X 6 5

              A D 9 7

              A V 7 6

              D 7

 

Maintenant, Nord-Sud font neuf levées et Est-Ouest huit, soit une de plus que la LLT ne le laisserait présumer, ce qui revient à dire qu'avec cette teneur, Sud devrait surenchérir à 3 sur 2♠.

 

Ci-contre est présenté le tableau des répartitions totales. Il montre que lorsqu'il y a un fit important dans un axe, il en existe obligatoirement un (voire plusieurs) dans le camp adverse [dans l'ordre décroissant, le nombre de cartes détenues par un camp dans chaque couleur. En face, ces mêmes répartitions dans le camp adverse. Ainsi, si un camp possède une couleur huitième, une couleur septième, une couleur sixième et une couleur cinquième, il en va de même pour l'autre camp (première ligne)] :

8 7 6 5 ->  8 7 6 5

8 7 7 4 ->  9 6 6 5

7 7 6 6 ->  7 7 6 6

7 7 7 5 ->  8 6 6 6

9 7 6 4 ->  9 7 6 4

8 8 6 4 ->  9 7 5 5

9 8 6 5 ->  9 8 6 5

9 8 6 3 -> 10 7 5 4

8 8 5 5 ->  8 8 5 5

8 8 7 3 -> 10 6 5 5

9 7 7 3 -> 10 6 6 4

 

Conclusion

Les conseils que nous vous avons prodigués sont pour une bonne part consacrés au tournoi par paires, forme de compétition dans laquelle une simple différence de 10 petits points (entre 100 et 110 par exemple) peut déplacer une montagne de points, voire faire passer du top au zéro ou vice versa. Mais ils constituent une base tout à fait sérieuse pour vous aider à prendre la bonne décision, quelle que soit la forme de compétition.

 

Bibliographie :

Jean-René Vernes : Bridge moderne de la défense.

D. Payne - J. Amsbury : TNT and compétitive bidding.

Et surtout, Kit Woolsey : Bridge match points, dont l'essentiel de cet article est extrait. Cet ouvrage existe en langue française aux éditions du Rocher sous le titre L'encyclopédie du T.P.P.